17.03.2008

A travers


Fake Empire de the National, (extrait de The Boxer)
podcast

 

Revenir sur les derniers pas de la semaine passée.

Semaine qui avait commencé difficilement. Des pas qui trainent, sentir qu'on a pris d'un coup trente ans. L'estomac s'est juste transformé en sac de pierres. Penser à ces trois nems gras avec "une drôle de tête" achetés chez un traiteur chinois désert à 15h, les manger avec gourmandise et déclencher une guerre atomique dans son corps. Plus possible de réfléchir, juste penser à rentrer à la maison avec peine. Même plus faim, juste dormir. Couché, essayer de combattre le terrorisme alimentaire, explosions de partout, mon estomac est le World Trade Center, apaiser les conflits entre les parties cohabitantes, on va bien finir par trouver une solution, tenter de concocter un traité de paix et attendre. Attendre que ça passe.

Manquer de toi.

La paix du corps retrouvée, rattraper le boulot entassé. Accumulation d'images, enchaînement, trouver les moments "justes", un sourire, un mouvement, percevoir ces moments où la beauté est la plus apparente.  Penser jump cut, trim, fondu enchaîné, raccord dans le mouvement, effet stroboscopique, cut cut cut, à quand la fin ? Bientôt. "Where is my mind ?" I don't know. Cerveau transformé en boîte à images, tout remettre en ordres, capter, canaliser, diffuser. Vite vite vite, je suis un cable, je transporte des images, j'aspire pour mieux tout recracher. Regarder comme c'est beau, regarder.

Manquer de toi. Toujours.

Parler avec Simba à travers messenger, des mots partagés pendant la nuit, on est devant notre écran, chacun chez soi, on bosse et on parle en même temps. Etonnant, on se voit moins physiquement mais on se parle beaucoup avec cette distance qui nous donne peu-être plus d'amplitude dans notre gestion du temps. Amitié moderne, n'empêche, il faudra que je lui dise, prendre une bière avec son pote, il n'y a rien de mieux.

Manquer de toi. Même quand on chatte.

Je parle de te rejoindre là bas. Tu dis que tu aimerais revenir ici. Peut-être même se retrouver et vivre ailleurs. Où ? Canada, Maroc, Japon, Angleterre, le monde entier, n'importe où avec toi. Je n'ai pas peur et toi non plus. Alors c'est quand qu'on y va ? Pas encore, pas le moment, je sais. J'en ai marre, j'ai hâte. Et non, oui, on ne sait pas, on verra. Juste se retrouver, et s'aimer normalement. Juste te serrer très fort et ne plus te laisser partir.

Manquer de toi. Plus que jamais.

Commencer sa semaine par une guerre atomique et la finir sur une jetée face à la mer, et au vent qui souffle. Avancer contre sa caresse qui veut vous repousser vers la terre, non je veux voir l'eau, je veux être au dessus, me rapprocher un peu de l'horizon. Et se reposer, revenir vers les fondamentaux : manger, dormir. Passer du temps avec les gens qui comptent , les voir sourire, reprendre des forces. J'aimerais que les journées soient plus longues pour davantage flâner, rien faire, juste marcher et parler. Sentir le temps passer pendant que le sang coule dans nos veines.

Revenir le soir, rue du Fbg St Antoine, même ici Paris semble éteint. Je marche avec mon gros sac dans cet ensemble de lignes, verticales et horizontales qui se croisent. C'est bien mon univers, je ne me trompe pas. Je regarde autour de moi. La majorité des bars se sont éteints, il reste encore quelques échoppes pour les oiseaux de nuit. Le kebab à 3,50 euros continue de donner le tournis à sa viande brune et defrechie comme une vieille en bikini cramée sur une plage de Nice. Des ambulances rentrent et sortent de l'hôpital St Antoinr. Deux jeunes femmes aux cuisses lourdes qui portent des collants et des jupes couvrant juste leurs fesses abondantes ricanent fortement et se prennent dans les bras. Une dame comme tous les soirs, sort son chien, elle lui lance sa balle, il court après, la ramasse. "Donne la balle, donne", il est immobile, il lache la balle et s'en va.

Manquer de toi pendant que le sang coule bien dans mes veines.