08.02.2008

C'est bien réel

Lire le Canard enchaîné dans le métro. Halluciner, Estrosi : location d'un jet privé pour une coupe de champagne, 138 000 euros; Dati, des fringues Yves St Laurent prêtées  non rendues, 9 000 euros; notre cher Nicolas qui veut se payer un nouvel avion tout beau au frais de la République, c'est vrai que c'est important pour le peuple français de savoir que son représentant voyage dans les meilleures conditions possibles, si ce n'est les plus luxueuses. C'est quand même lui qui incarne la France. Je proposerai même qu'on finance ses Rolex et ses Ray Ban aussi, il faut quand même qu'il arrive à l'heure et qu'il ne s'abîme pas les yeux notre cher président. Je lis toutes ces aberrations, ça me dégoûte. On dit que les caisses de l'Etat sont vides, en déficit, je n'ose même pas dire la somme tellement c'est aberrant. La colère monte. Je sais, c'est un raisonnement un peu simpliste. Je suis peut-être très simple d'esprit. Il y a juste des gens chaque jour qui se battent pour gagner 1000 euros par mois, des gens qui ne réclament qu'une habitation décente sans rats, cafards, et humidité, avec de l'électricité, de l'eau, la base quoi. Bien sûr je ne pense pas que nos chers hommes et femmes politiques doivent s'habiller chez Guerrisol, même si ça pourrait leur faire du bien. Il faudrait juste un peu de décence, des gens qui plaisantent à l'anniversaire de notre cher Président en se targuant de boire un verre de vin au prix du smic, c'est abominable.

Colère. Poings et machoire serrés. Règne de l'injustice, la misère des autres ne dérange personne tant qu'elle se trouve à une distance raisonnable de nous. Tant qu'elle ne nous éclabousse pas. Egoïsme. On parle des gens qui sont censés nous représenter, de nos "élus". Ils ne disent que ce que les gens veulent entendre. Buralistes, vous aurez un fumoir et une aide, chers taxis, bien sûr qu'on ne vous touchera pas, et pauvres ouvriers, ne vous inquiétez pas, nous allons vous aider, l'Etat n'a plus de sou. Vous voulez peut être boire un smic comme nous pour vous soulager ?

Je n'y crois pas.

Gare de Lyon, les gens dorment par terre. Mais c'est ça il faut que j'arrête avec mes raisonnements et mes indignations stupides. Il faut être réaliste. Nous vivons dans une société géniale où une banque peut perdre 7 milliards d'euro (vous arrivez vous à visualiser ce que c'est ?), un mec se prend tout dans la gueule, on va le punir, "ouh le méchant pas beau ! Au coin et ta gueule !" Allez faut que j'arrête de m'emporter. Qui suis je au fond ? Un de ces privilégiés qui profite lui aussi du système. Alors je vais me taire. Ce soir je rentrerai chez moi, je regarderai TF1 pour savoir ce qu'il faut vraiment dire.

Et je vous promets, j'arrête de lire le Canard, parce qu'à chaque fois, ça me donne des envies "malsaines" de révolte.

31.12.2007

Il manque toujours quelqu'un

C. me demande "et ton père il fait quoi dans la vie ?"

Je lui dis la vérité que je ne dévoile pas toujours. Il est mort.

De sa voix très douce, elle me dit qu'elle est désolée. Il ne faut pas qu'elle le soit. Elle n'y est pour rien. Je comprends la compassion des gens à travers ce terme, mais j'ai du mal à l'accepter. Je ne le trouve pas forcément approprié. Ce n'est pas comme si j'avais raté un examen. Pas besoin qu'on soit désolé, c'est la vie.  Je préfère le silence à un mot pas toujours convenu. Je sais que de la part de C, ce mot dépasse la politesse, et le principe de la formule.

Flottement.

Un temps où les pensées deviennent denses. C me dit qu'elle n'a jamais connu son père. Il est parti à sa naissance. C est un mélange subtil et très fin de différentes origines : Italie, Pays Bas, Vietnam et principalement l'Inde qui rassemble ces deux parents. C est née en Inde, elle a été emmenée en France par sa mère à l'âge de cinq ans. Aucun souvenir de son père, aucune rencontre, elle a gardé pendant longtemps 2 photos de lui qu'elle mettait sous son oreiller jusqu'à l'âge de douze ans. Un jour sa mère s'en est aperçue, elle les a déchirées et jetées à la poubelle, sans un mot à sa fille.

C est une très belle femme, à la peau brune, elle a de longs cheveux noirs très fins, ses yeux sont de belles amandes ébènes et un regard profond, plein d'une mélancolie envoûtante. Elle est assez grande, un corps fin, élancé. C est le portrait craché de son père qui semble t-il vit encore en Inde.  C entretient un grand rapport avec ce pays, elle s'est mariée à un hindou à l'âge de 27 ans, avant elle vivait chez sa mère. Elle ne voulait pas quitter le foyer familial tant qu'elle ne serait pas mariée.Son mari suit les traditions du pays avec une grande rigueur, la seule importante qu'il a dérogée c'est le mariage. Il était promis à une femme depuis tout jeune par sa famille. Il s'est révolté et a épousé la femme qu'il aimait. Une femme qui ne venait pas d'une riche famille, qui n'est pas indienne à 100%. C a deux enfants avec lui, elle comprend l'hindi, mais ne le parle pas. Elle s'est convertie pour lui. Ils reviennent chaque année au pays. C'est important pour elle.

Quand C s'habille, elle a toujours besoin de mettre un signe qui montre qu'elle est indienne. Parfois on la croit d'un autre pays. Non, elle refuse, elle affirme haut et fort qu'elle est de là bas, et qu'elle ira vivre avec sa famille dans son pays natal.

C a déjà pensé chercher son père, mais dans ce pays comment veux tu retrouver une personne ? Je n'ai aucune piste, rien. Pour elle, il n'est pas mort, il a disparu, c'est un fantôme. Le seul lien qu'elle entretient avec lui, c'est son pays, ses traditions, sa vie, une vie qu'elle aurait pu vivre autrement en sa compagnie.

C regarde au loin, là où se trouve son avenir et une partie de son passé manqué.

29.12.2007

Où suis je ?

16h12, je réponds au téléphone en répétant machinalement les mêmes phrases, les mêmes solutions face aux mêmes problèmes, non ce n'est pas ici, oui on est en retard, trop de demande, trop de boulot et surtout trop d'ennuis.

Mais qu'est -ce que je fais dans cette grande pièce éclairée aux néons avec plein de bureaux, des machines qui tournent sans personne pour y travailler. Et ça chauffe bêtement. Ca circule en rond, et ça ne parle de rien d'autre que de la futilité graisseuse, cette cellulite qui s'accroche, qui enveloppe leurs neurones et bouche toute réflexion. J'en ai marre d'être ici. Marre de faire semblant

Un bourdonnement est en train de naître au fond de moi.  Il fait trembler mes tripes, et résonne de plus en en plus fort dans chacun de mes organes. Le bourdonnement devient une sirène qui s'alarme. C'est l'urgence.

Partir, écrire, il ne me reste plus que ça.

Et je pense à ce petit jardin que j'ai laissé. Ce petit antre qui me permettait juste d'être. Cet endroit où les mots étaient libres, où les mots ont pu me faire grandir.

Me voici revenu à la maison.

06.02.2007

C'est la terre qui parle

Après une très bonne nuit passée chez JB & C, nous nous décidons à partir vers midi, l'esprit encore obscurci par les vapeurs d'alcool. On n'est jamais totalement soi-même les lendemains de soirée bien arrosée. Le corps est fragile. Il suffit d'un rien pour vous faire vaciller, et même vous faire vomir. On sent qu'à l'intérieur, il y a quelque chose en trop ou quelque chose de manquant. Alors soit on vomit, ou on mange des choses saines, tout en buvant beaucoup d'eau, et rien que de l'eau, merci.

Ce dimanche là, il fait beau. Nous sommes dans le quartier de la Gaîté, un coin que je ne connais pas du tout. Pas loin se trouve le cimetiere du Montparnasse. Et je pense tout de suite à Baudelaire, Beckett, Gainsbourg et Duras.
Le soleil est là. Nous n'avons pas faim, nous n'avons pas soif. Juste prendre l'air pour se revigorer. Promenons nous et allons les visiter.

Un dimanche ensoleillé, se promener dans un cimetiere avec une légère gueule de bois à la recherche de ces grandes personnes envolées sous une pierre tombale procure un sentiment étrange; D'habitude je n'aime pas les dimanches, mais là je me sentais bien. Peut-être parce que c'est le jour idéal pour aller se recueillir dans un cimetière. Nous cherchons la tombe de Marguerite Duras. J'ai regardé sur ce drôle de plan qui répertorie toutes les personnes célèbres reposant dans le cimetière. Nous ne sommes plus très loins. S. s'arrête devant une pierre tombale toute usée et nue. M.D, marqué sur le flanc de la pierre, et sur le dessus juste le nom et la date. Marguerite Duras. Cette tombe est bien la sienne. Des fleurs fanées. Des cigarettes accompagnés de briquets, des cailloux. Voilà c'est tout. Tout ce qu'il y a . Pas de photos, pas de mots. Rien. Je ressens un malaise et de la révolte. S. me dit que peut-être que c'est ce qu'elle a voulu. C'est vrai, ça ne m'étonnerait pas d'elle. Mais avec tout ce qu'elle a donné, elle mériterait plus que de simples cigarettes posées sur sa tombe. Je sens tout d'un coup l'odeur du marais, la moiteur décrites dans "un Barrage contre le Pacifique". J'aimerais lui déposer un de ses paysages familiers du Vietnam. En tout cas elle ne mérite pas cette désolation. Pourtant je sais que cette tombe est la représentation la plus juste de ce qui reste. Toutes ces décorations, ces fleurs, ces photos, ces statues pour certaines ne sont rien. C'est la pierre qui s'use et c'est la terre qui attend.

Je suis sous terre, au milieu de centaines de personnes qui défilent à St Lazare. Nous courons, nous marchons, nous nous bousculons là sous la terre. Une partie de nos jours se trouve déjà sous terre.

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01.02.2007

Pas facile de s'ouvrir au jour

Revenir. C'est beaucoup plus facile de le dire. Revenir, ça veut dire revoir ses responsabilités. Revenir, c'est revenir à l'essentiel. Mais où est l'essentiel ? Je ne sais plus. Autour de moi, chacun a sa propre notion que je comprends mais qui n'est pas la mienne non plus. Ce qui est essentiel pour moi semblerait si futile pour certains. On ne comprend même pas ce que je fais dans la vie, mes buts.

J'ai décidé de ne plus réfléchir à certains moments. Je suis un homme qui survit, un homme élémentaire. Je revois le jour, je me lève tôt et je travaille. Ne plus s'appesantir sur son état, mais devoir agir, c'est tout.
Je repense à 8 et demi de Fellini, aux enjeux du film. Et Fellini me manque, cette époque devrait avoir Fellini, il nous ferait encore beaucoup de bien. Je suis tombé sur ce clip mêlant les images de 8 et demi et la musique d'Eminem. Impressionné, ce mec a tout compris au film, et Eminem a compris tout ce que racontait Fellini.


Fellini / Eminem "8 1/2 Mile"
Vidéo envoyée par LTT


Je me sens comme cet homme. Il sait qu'un grand combat l'attend. Peut-être y est-il déjà ?