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22.05.2008
Juste un manque
Bon Iver : Skinny Love
Le Quick St Michel, un samedi après midi.
Trois hommes sont assis à une table. Un trio tout droit sorti d'une bd, les Dalton en plus cosmopolite, un grand noir avec des petites lunettes, chemise rose saumon bien repassée, un physique si banal, si passe partout, qu'il pourrait être informaticien, vendeur, bibliothécaire ou même espion. Un mec tout sec aux dents en avant, une houpette sur la tête, il porte un polo vert pomme aux rayures jaune citron, et un petit tout rond, pull à capuche noir avec motif de groupe de rap, les cheveux rasés, les yeux très bleus. Ils parlent. De femme.
Le petit rond : "Et c'est là que mon pote lui dit, merci pour m'avoir tenu compagnie, salut !" Un petit moment de silence. Il observe la réaction attendue de ses potes. Les deux gars s'extasient. "Non ! Il a fait ça ?" Le rond, avec un sourire satisfait : "Ouais t'imagines ? Trop la classe de jeter une nana comme ça, non ? Il manquait plus qu'il lui donne un pourboire." Les autres rigolent.
Le petit rond continue de parler, il dirige la conversation, à la fois amuseur et leader. Les deux autres semblent suspendus à ses lèvres. Il parle d'une jeune femme qu'il "kiffait trop". "Franchement avec elle, je ne pouvais pas me freiner, j'y suis allé à fond. J'y croyais tu vois ? " Il énonce les quelques rendez vous qu'il a eus. "C'est vrai que dès le premier rendez vous, je me suis emballé. A la fin, on était dans le bus, j'étais là avec elle. Et je lui dis, mon coeur, c'est une lanterne qui contient une flamme pour toi, cette flamme elle ne pourra jamais s'éteindre." Les deux s'exclament. "Non tu lui as pas dit ça ? Ben si, eh le problème c'est qu'après elle n'arrêtait pas de se foutre de ma gueule avec ça. Une fois sur msn, elle m'a balancé une vacherie, et ensuite elle m'a demandé, comment elle est ta flamme maintenant ?" Rires des deux compères. "Eh tu vois, malgré tout ce que je me suis pris dans la gueule, j'ai continué à m'accrocher. Pourtant avec une autre, j'aurais abandonné. Mais non pas avec elle. Une fois, on visitait le Louvre, et là je tente une manoeuvre, je lui mets la main sur l'épaule, elle dit rien. Cool je me dis c'est dans la poche. Elle se met à accélérer, j'essaye de suivre la cadence avec la main toujours sur elle. Limite à la fin elle courait, je ne pouvais plus suivre." Son public ricane. "dents en avant" sourit bêtement, pendant que son pote n'y croit pas. "Mais combien de temps tu as continué comme ça ? Oh ben, on s'est vu pas mal de fois, à chaque fois, je lui disais que j'étais d'accord pour être juste ami avec elle, mais bon. Je ne pouvais pas faire autrement. J'essayais de lui prendre la main, l'embrasser, mais elle fuyait à chaque fois. Et là c'est fini ?" Le rond hausse les épaules, "ouais si on veut, je lui ai laissé un mail il y a deux jours".
"Mais t'es fou !
Ben...Je sais pas...
Tu lui as dit quoi ?
Qu'elle avait mon coeur entre ses mains..."
16:52 Publié dans le fil d'un jour | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : aimer avec l'énergie du desespoir, c'est beau, bon iver, skinny love
09.05.2008
S'arrêter, et reprendre ailleurs, autrement
Tu es là, devant ta glace. A moitié nu. Tu regardes ton corps. Ce corps qui change, les marques du temps qui s'impriment plus aisément, les muscles prennent forme autrement, les poignées d'amour sont encore plus faciles à saisir, les tablettes de chocolat fondent à vue d'oeil, ton corps s'élargit, on dirait une brique. Tu scrutes chaque détail, les cicatrices, les boutons, les points noirs. Eh oui, c'est comme ça que tu es. Mais tu le sais.
Ce n'est pas ton corps qui a le plus changé.
En gage d'amour, je me suis souvent sacrifié pour l'autre, lui prouver à quel point j'étais attaché et dévoué. Cette fois ci, j'ai arrêté. J'ai dit au revoir, adieu au "petit rêve".
En fin de compte,
Impossible, trop douloureux de vivre une histoire à des milliers de kilomètres de l'autre.
Juste faire l'amour avec une chimère,
Imaginer plus que vivre,
"S'illusioner" qu'on vit quelque chose d'incroyable. Alors qu'il n'y a eu que quelques jours inoubliables.
Au présent il ne reste que de la souffrance.
Première fois que j'ai dû décider de la déchirure. J'ai pensé à LUI, je me suis demandé combien de fois il avait fait mal de cette façon.Finalement suis je comme lui ?
Non. Non non non.
Juste écarter les illusions. Juste être honnête
Revenir à la réalité.
Espérer qu'elle comprendra.
Tu écris ce texte et tu n'es pas content de toi. Insatisfait. Ca fait depuis plus de quinze jours que tu tournes en rond. Tu veux revenir, remettre des mots mais tu as peur. Peur de faire mal, peur de montrer ce que tu vis. Celle que tu appelais "ton petit rêve" pourra lire ces mots si elle veut. Tu ne les as pas vues, tu ne les as pas entendues, mais tu sais que les larmes ont coulé. Tu souhaites juste ne plus en être la source cette fois ci. Alors tu n'oses pas.
Et pourtant tu le dois, si tu veux écrire là dessus, tu dois aller au bout. Sinon écris sur autre chose : Sarkozy, la fameuse loi sur le chômage, le monsieur qui crie sans cesse dans la rue contre les sacs plastiques, ta jolie voisine fan de Cabrel.
Ne te cache pas. Ce texte ne sera pas beau, il n'aura aucune poésie. Il n'y aura pas de moment de bravoure, de beauté, aucune révélation. Juste des mots, juste les tiens. Tu veux juste t'excuser, mais tu n'as plus à le faire. Tu veux demander pardon pour l'absence à tes chers lecteurs, mais tu ne dois rien non plus. Tu dois juste écrire ce qui te sort des tripes c'est tout. Crache ce que tu as.
Le monde a juste changé au détour d'un sourire.
Arrête avec ce genre de phrases, tu n'es pas Trenet. Contente toi d'être ce pauvre mec qui s'agite en caleçon devant son ordinateur, te concernant c'est déjà pas mal.
Je suis juste revenu au présent. J'ai écarté les questions inutiles,et je me suis contenté de vivre. Travailler, voir ses amis, sa famille, marcher dans Paris. Ouvrir les yeux, et apercevoir ce sourire qui n'avait jamais été très loin. Ne pas résister, ne pas avoir peur, juste sauter. La serrer dans mes bras, ne pas penser aux prochains mois, mais juste se dire que demain quand on se verra ce sera bien. Quand je lui ouvrirai la porte, je l'embrasserai tendrement, je l'enlacerai pour sentir son corps tout contre le mien, sentir sa chaleur et se dire qu'on est bien. C'est tout et c'est déjà très bien.
C'est mieux.
Ca y est, ta voisine s'y remet. La voix de Cabrel résonne dans toute la cour.
Tu peux t'arrêter là pour l'instant et surtout mettre du son à fond.
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