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22.03.2008

Si tu m'aimes, tu viens

Radiohead : True Love waits
podcast

Elle rentre dans le métro, portable collé à l'oreille. Elle est grande, de longs cheveux noirs qui tombent presque jusqu'au bas du dos, une frange et un joli dégradé. Bottes, jupe courte avec en dessous le collant noir épais qui cache tout, un tshirt noir moulant avec de grosses inscriptions rouges et blanches façon industrielles, recouvert par un petit blouson en cuir marron sombre. Elle parle fort, elle pleure.

Quoi ? Tu ne viens pas ? Tu me fais tout ce cinéma et tu ne viens pas ?

Elle se jette sur le siège en face de moi. Elle ne voit personne. Les yeux sont trop embués par les larmes.

Non mais je n'y crois pas. C'est pas vrai, tu me fais un cirque pas possible. Je suis revenu à Paris pour toi, je t'attends là.

La voix est fragile et gémissante. Elle est éraillée, usée certainement par l'énergie des mots dépensés.

Si tu m'aimes, tu reviens...Tu entends ce que je te dis ? Si tu m'aimes, tu reviens...Pourquoi tu ne réponds pas ? Et après tu dis que tu veux te marier avec moi ??

Derrière, un jeune homme assis seul, il s'est arrêté de lire l'Equipe.  Il fixe son dos. Il semble fasciné par les paroles prononcées.

Pourquoi tu dis rien ? T'as intérêt à être là, sinon c'est fini.

Le mascara dégouline. Elle s'essuie les yeux et se mouche, le portable cloué à l'oreille.

Tu m'entends ? Pourquoi tu ne réagis pas ?...Qu'est-ce ce que je veux entendre ? Rien, je ne veux rien entendre. Je veux te voir. Si tu m'aimes, tu viens c'est tout.

Dans le wagon, nous ne sommes que trois, nous formons une ligne, moi en face d'elle, et dans le même axe, l'autre jeune homme derrière.

Tu ne réponds pas ? Si tu ne viens pas, je raccroche, et on ne se voit plus jamais, tu m'entends ? Je change de numéro dans les dix minutes qui suivent. Si tu m'aimes, tu viens.. Pourquoi tu ne dis pas que tu seras là ? Tu ne m'aimes pas vraiment, c'est ça ? Tu ne m'aimes pas ? Mais réponds ! Si tu raccroches maintenant, c'est fini. Je change de numéro, et on ne se voit plus jamais, tu entends ? Plus jamais.

Pendant quelques minutes, pas un mot, elle l'écoute. Elle pleure davantage, essayant de faire taire ses sanglots. Ils sont certainement trop forts pour être inaudibles. La rame avance au rythme des larmes.

J'en ai marre. Je ne veux rien savoir, tu dois être là pour moi, c'est tout...Tu ne peux pas...Alors c'est fini. je raccroche et tu ne me reverras jamais, c'est ça que tu veux ?

Crissement des rails. Elle éloigne le téléphone de son oreille, le regarde, tout son visage n'est que douleur. Elle remet le téléphone à son oreille.

Alors c'est fini, c'est ça ?...Réponds. C'est fini ? Quoi ? Tu ne peux pas parler maintenant ? Alors adieu !

Elle a appuyé. Elle regarde le téléphone, et pleure. Je ne sais plus à quelle station nous sommes arrivés. Le jeune homme derrière, non plus, pétrifié,  ses yeux sont grands ouverts, il semble retenir son souffle. Elle pleure, manipulant son portable, le regardant, elle attend. Le téléphone reste muet. Elle lève les yeux. Nos regards se croisent.

Vous, les hommes, vous êtes cruels me dit-elle, soudainement en se levant et partant de la rame au moment de la sonnerie. Les portes se ferment. A travers la vitre, je la vois sur le quai, elle compose un numéro. Le train repart. Je regarde le plan, je n'ai pas raté ma station. En face, le jeune homme s'est replongé dans son journal. L'OM a perdu, l'homme perd toujours. Si tu m'aimes tu viens, si tu m'aimes tu viens, sa voix et ses paroles continuent de bourdonner dans mes oreilles.

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Commentaires

Vous n'étes pas plus cruels que nous sommes faibles.
C'est juste quand ça nous arrange que nous le sommes.

Ecrit par : A@T | 13.04.2008

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