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28.02.2008

Se souvenir des inconnus

Des visages et des gestes retenus. Photographies mentales prises au détour d'une rue, d'un métro. Actes d'inconnus gravés à l'intérieur malgré soi, des reflets de souvenirs. Réminiscences, sources de création d'histoires.

 Un lundi matin, métro ligne 1 direction la Défense, entassés, les uns collés aux autres, nous ne sommes que du bétail. Sortie du tunnel, la rame s'arrête à l'approche du quai de Bastille. Sonnerie de téléphone. Une femme, debout comme les autres, cherche dans son sac grand et touffu, elle fouille. Pas le temps de décrocher. Elle parvient enfin à le trouver. Elle écoute son répondeur. Silence. Le métro est toujours bloqué, je ne me souviens d'aucune voix, d'aucun son. Juste ce sanglot poussé soudainement, des larmes, la voix qui n'est qu'un cri trainant. Elle est là debout, le téléphone à la main. Impossible de s'arrêter. Le monde entier semble immobile. Et elle, elle pleure, elle sanglote, elle essaye de composer un numéro avec peine. Un des passagers qui était debout contre un strapontin s'avance vers elle, et avec délicatesse, il l'emmène vers le strapontin qu'il déplie, et il l'asseoit, il ne dit pas un mot, elle ne réagit pas. Il s'écarte et retourne dans la masse. Elle pleure en regardant son portable. Le métro avance à nouveau, lentement il longe le quai de Bastille, et s'arrête. Les portes s'ouvrent, elle descend avec ses larmes.

On devine ce qu'elle a pu apprendre. J'imagine le message, je me demande si c'est une personne proche qui lui a appris ça, si c'est une personne d'un personnel médical. J'ai presque l'impression d'entendre le message, peut-être parce que j'ai déjà eu ce genre de nouvelles. Mais si ça se trouve ce n'était pas ça. Qu'est-ce que ça aurait pu être ? Je repense souvent aux sanglots de cette femme, à cette peine soudaine et criante. Je pense à cet homme qui s'est occupé d'elle sans un mot, avec beaucoup d'humanité.

Un autre jour dans le métro, les portes s'ouvrent, un homme rentre, un peu débraillé, les yeux exorbités. Il regarde l'ensemble du wagon, et crie "Un jour, je vais tous vous massacrer d'un trait, ne vous inquiétez pas". Sonnerie du métro, il descend. Portes fermées. Non je ne m'inquiète pas. Je me souviens.

 

 

 

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Commentaires

Qu'on ait été au bout de la ligne ou sur la même ligne de métro, on ne peut jamais oublier, je crois.

Ecrit par : Presque (se souvient) Toujours | 28.02.2008

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