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31.12.2007
Il manque toujours quelqu'un
C. me demande "et ton père il fait quoi dans la vie ?"
Je lui dis la vérité que je ne dévoile pas toujours. Il est mort.
De sa voix très douce, elle me dit qu'elle est désolée. Il ne faut pas qu'elle le soit. Elle n'y est pour rien. Je comprends la compassion des gens à travers ce terme, mais j'ai du mal à l'accepter. Je ne le trouve pas forcément approprié. Ce n'est pas comme si j'avais raté un examen. Pas besoin qu'on soit désolé, c'est la vie. Je préfère le silence à un mot pas toujours convenu. Je sais que de la part de C, ce mot dépasse la politesse, et le principe de la formule.
Flottement.
Un temps où les pensées deviennent denses. C me dit qu'elle n'a jamais connu son père. Il est parti à sa naissance. C est un mélange subtil et très fin de différentes origines : Italie, Pays Bas, Vietnam et principalement l'Inde qui rassemble ces deux parents. C est née en Inde, elle a été emmenée en France par sa mère à l'âge de cinq ans. Aucun souvenir de son père, aucune rencontre, elle a gardé pendant longtemps 2 photos de lui qu'elle mettait sous son oreiller jusqu'à l'âge de douze ans. Un jour sa mère s'en est aperçue, elle les a déchirées et jetées à la poubelle, sans un mot à sa fille.
C est une très belle femme, à la peau brune, elle a de longs cheveux noirs très fins, ses yeux sont de belles amandes ébènes et un regard profond, plein d'une mélancolie envoûtante. Elle est assez grande, un corps fin, élancé. C est le portrait craché de son père qui semble t-il vit encore en Inde. C entretient un grand rapport avec ce pays, elle s'est mariée à un hindou à l'âge de 27 ans, avant elle vivait chez sa mère. Elle ne voulait pas quitter le foyer familial tant qu'elle ne serait pas mariée.Son mari suit les traditions du pays avec une grande rigueur, la seule importante qu'il a dérogée c'est le mariage. Il était promis à une femme depuis tout jeune par sa famille. Il s'est révolté et a épousé la femme qu'il aimait. Une femme qui ne venait pas d'une riche famille, qui n'est pas indienne à 100%. C a deux enfants avec lui, elle comprend l'hindi, mais ne le parle pas. Elle s'est convertie pour lui. Ils reviennent chaque année au pays. C'est important pour elle.
Quand C s'habille, elle a toujours besoin de mettre un signe qui montre qu'elle est indienne. Parfois on la croit d'un autre pays. Non, elle refuse, elle affirme haut et fort qu'elle est de là bas, et qu'elle ira vivre avec sa famille dans son pays natal.
C a déjà pensé chercher son père, mais dans ce pays comment veux tu retrouver une personne ? Je n'ai aucune piste, rien. Pour elle, il n'est pas mort, il a disparu, c'est un fantôme. Le seul lien qu'elle entretient avec lui, c'est son pays, ses traditions, sa vie, une vie qu'elle aurait pu vivre autrement en sa compagnie.
C regarde au loin, là où se trouve son avenir et une partie de son passé manqué.
12:55 Publié dans portraits | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Père, pays, Inde, beauté, fantôme, disparu
29.12.2007
Où suis je ?
16h12, je réponds au téléphone en répétant machinalement les mêmes phrases, les mêmes solutions face aux mêmes problèmes, non ce n'est pas ici, oui on est en retard, trop de demande, trop de boulot et surtout trop d'ennuis.
Mais qu'est -ce que je fais dans cette grande pièce éclairée aux néons avec plein de bureaux, des machines qui tournent sans personne pour y travailler. Et ça chauffe bêtement. Ca circule en rond, et ça ne parle de rien d'autre que de la futilité graisseuse, cette cellulite qui s'accroche, qui enveloppe leurs neurones et bouche toute réflexion. J'en ai marre d'être ici. Marre de faire semblant
Un bourdonnement est en train de naître au fond de moi. Il fait trembler mes tripes, et résonne de plus en en plus fort dans chacun de mes organes. Le bourdonnement devient une sirène qui s'alarme. C'est l'urgence.
Partir, écrire, il ne me reste plus que ça.
Et je pense à ce petit jardin que j'ai laissé. Ce petit antre qui me permettait juste d'être. Cet endroit où les mots étaient libres, où les mots ont pu me faire grandir.
Me voici revenu à la maison.
16:30 Publié dans le fil d'un jour | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : écriture, quotidien

