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12.06.2006
Rewind 1 : le début d'une autre saison
Jeudi. 0h35. Station Champs Elysées- Clémenceau.
“Avis à tous les voyageurs, la circulation est interrompue dans les deux sens sur la ligne 13...”
Super. Je ne peux pas prendre de taxi, pas envie de me casser la tête à trouver un noctilien. Autant rentrer à pied. En plus cette nuit il fait très bon. C’est parti pour une bonne marche. Je sors de la station en même temps qu’un autre homme qui interpelle les deux agents de sécurité RATP. “Franchement merci, c’est vraiment super emmerdant à cette heure-ci. Oui monsieur nous comprenons. Non mais vous êtes vraiment chiants, je comprends qu’on ait envie de casser la gueule aux mecs de la Ratp après. Ah oui ? Ben venez. Cassez moi la gueule, je vous attends...” Le mec est complètement pris de court,pendant que l'autre de la Ratp s'approche énervé. Bon je vais les laisser se battre je n’ai pas que ça à faire. Il s’est passé tellement de choses. Je ne sais pas par où commencer.
D’abord remonter l’avenue des Champs-Elysées. La veille j’ai vu la Belle Roche. Je ne pensais pas que je la reverrai aussi vite. Elle m’avait l’air tellement tendue au téléphone à cause de son film et de l’organisation de son montage. Nous nous retrouvons à Nation. Un petit verre à l’Extra Old Café. Je la retrouve comme elle a toujours été, pétillante, marrante; chez elle, tout ce qui est futile apparaît avec tellement de fraîcheur, de joie si bien partagées. "Regarde mes chaussures, elles sont belles hein ? Oh et je me suis achetée une robe trop belle !" Trop belle. Je comprends davantage l’émoi de Simba. Oui elle est belle, elle est même superbe. Blonde, grande élancée, de beaux yeux bleus, des hanches magnifiques, le tout avec une grande élégance. Oui la Roche, tu es belle. Mais ce que j’aime le plus chez toi, ce n’est pas ce physique, mais cette énergie. Cette façon de faire passer tes idées, ta fraîcheur, ta légèreté, tes fous rires, ta sensibilité extrême si bien cachée. Nous marchons jusqu’à Bastille, un petit chemin habituel devenu une sorte de rituel. Avec la Belle Roche, les paroles coulent, il n’y a pas de silence. Tout ce qui se dit est aussi doux et reposant. Nous n’avons pas envie de nous quitter. Je rentre chez elle. La nuit se finit dans la douceur d’une belle amitié si étonnante.
Prendre l'avenue Franklin Roosevelt à droite pour rejoindre St Philippe du Roule. Je reçois un appel de Ginette la Mouette. Ginette, la seule et l'unique. Ginette, celle qui m'a fait chavirer dès que j'ai croisé son regard bleu, il y a maintenant plus de trois ans. Je ne voulais plus entendre parler d’elle. Trop de mal, trop de complications qui rendent le reste impossible à vivre. Le tout accompagné de doutes. Il y a toujours eu cette distance. Elle habite à Rennes. Cette distance est si significative de ce qu'on a pu vivre. Une relation intermittente, éloignée, plus rêvée que quotidienne. Il fallait en finir et passer à autre chose. Quelque chose de concret comme on m'a souvent dit. "De toute façon elle est trop jeune. A son age elle cherche à s'amuser." A son âge j'ai vécu une relation de cinq ans et demi. "Allo . Oui allo ça va ?" dit-elle avec sa voix grave si charmeuse. "Et toi ? Ca va. Je pensais à toi. Ouais c'est ça...Je t'assure je pense à toi tous les jours. Oui c'est parce que tu manges du riz tous les jours (je suis d'origine asiatique). Non c'est pour une autre raison. Laquelle ?....Je vais vivre à Paris...Allo ? tu es là ?...Oui...Tu as entendu ? Oui mais...mais c'est super dis moi. C'est... C'est vrai ? Ben oui ! En plus tu sais où je vais vivre ? Dis moi...A S.O. Non ! Si je reprends l'appartement de C...C'est incroyable. Eh oui on va vivre tout à côté l'un de l'autre..." C'est dans ces moments-là qu'on peut se rendre compte de l'absurdité et de la légèreté de nos résolutions. Comment pourrais je l'effacer de ma vie alors qu'elle va vivre à 10mn de chez moi ? C'est peut-être un signe. Un signe de quoi ? Je ne sais pas. Peut-être que ce sera le moment de véritablement se découvrir. Le moment d'aller jusqu'au bout de son désir.
De la rue de la Boëtie rejoindre St Lazare en poursuivant toujours tout droit. Des grappes de gens posées le long des stations de taxi et de bus. Bon courage les gens. Simba et moi avons montré le film à des gens que je ne connaissais pas. Au début je ne voulais pas y être. Pas facile de se dévoiler entièrement à des inconnus. Mais c'est le principe d'un film, qu'il soit vu par les gens. Sinon autant faire un film de famille. Avant et pendant, Simba m'abreuvait en vodka. Merci l'ami, c'est gentil. Rien de tel pour se sentir chaud à l'intérieur et bien détendu.
C'est fatigant de remonter jusqu'à la Place de Clichy, cette rue est si pentue. Je commence à ressentir la lourdeur de mes pieds. Je maintiens la cadence sinon je n'y arriverai pas. Passer devant une boîte, de la musique orientale qui en sort. Deux filles qui descendent la rue. Habillées en robes légères. Sur le côté une voiture avec quatre gars les suit lentement. Sifflements. Impassabilité féminine. Combien de fois par jour vivent-elles ces moments ? Simba me parlait du nouveau regard qu'il a sur sa solitude. Bien ancré sur son petit nuage, il n'était jamais vraiment seul. Il avait la compagnie chaleureuse de ces rêves. Il est descendu. "Je me rends compte de ce que c'est d'être seul, de vivre seul pour soi." Dans la voix un mélange d'excitation et de crainte. "Ce n'est pas tous les jours très simple....Mais je sais qu'il y a tellement de choses à vivre, à faire. Un monde s'ouvre à moi et j'ai envie de..." Envie de plonger dedans à corps perdu, envie de s'enivrer de toutes ces aventures possibles, envie de savoir qu'on est un homme parce qu'on vit à fond tout ce qui peut se vivre. Sur la terrasse du café, le regard caresse les corps féminins qui passent (pas tous bien sûr). Simba ne s'imagine plus fidèle, il veut vivre tellement d'expériences. Vivre avec une seule personne, ça le limiterait. Peut-être...
La place de Clichy est franchie. L'avenue de Clichy commence et un autre monde avec. L'austérité de St Lazare est oubliée. Les mecs qui discutent sur le trottoir leur kébab à la main. Trois travestis qui parlent d'une quatrième personne absente, ils n'arrêtent pas de dire que "c'est une véritable pute !" Le EFC est fermé, EFC pour Euro Fried Chicken. A découvrir absolument je vous assure. C'est le KFC, version underground et pakistanaise. Ca vaut carrément le coup. Il est une heure du mat' passée. Les images et les paroles s'emmêlent dans ma tête. Une sorte de bouillie trop riche à digérer. Encore loin de la maison. Je ne comprends pas tout ce qui se passe. Mais je sais que le monde change.
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